L’HOMME AUGMENTÉ – LES NOUVEAUX MEDIAS

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SALON SATIS 8>9 NOVEMBRE 2017

DOCKS DE PARIS / LA PLAINE SAINT-DENIS 

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« LES INNOVATIONS AU SERVICE DE LA CRÉATION »

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L’HOMME AUGMENTÉ – LES NOUVEAUX MEDIAS

MERCREDI 08 NOVEMBRE 2017 (SALLE THÉMA 1)

 

Intervenants :

 

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Olivier Ezratty : Ingénieur de l’Ecole Centrale Paris, promotion 1985. Depuis 2005, il est conseiller en stratégies de l’innovation, domaine alliant une bonne connaissance des technologies numériques et de leurs applications dans les industries traditionnelles comme les médias et les services. Veilleur technologique, il est à même de plancher sur des stratégies à 360° intégrant les dimensions technologiques, économiques et sociétales.

 

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Duc Ha Huong  : Ingénieur et entrepreneur dans le public et le privé, il est spécialisé dans la transition des écosystèmes intégrant des start-up. Membre du collectif de transition sociétales : Les Barbares.

 

 

 

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Ariel Kyrou : Journaliste, écrivain, essayiste et animateur radio spécialisé dans les nouvelles technologies, les musiques électroniques, la science-fiction ainsi que les grandes avant-gardes artistiques du siècle dernier. Auteur de l'essai : "Big Brother n'existe pas, il est partout !" (éditions Inculte - 2010).

 

 

Qu'est-ce qu'un homme augmenté ?

 

OE :          Je ne suis pas un expert mais pour moi l'homme augmenté c'est avant tout l'homme diminué que l'on remet à la norme, que l'on répare pour lui redonner sa normalité. Redonner la vue à un aveugle. A Grenoble par exemple, la société Clinatech a créée un exosquelette pour tétraplégique. Beaucoup d'autres sociétés à travers le monde tentent de connecter le cerveau humain à un ordinateur. On cherche à contrôler les cinq sens (le toucher, la vue, l'odorat, le goût et l'ouïe), à augmenter la puissance humaine par le biais d'outils artificiels. On est aujourd'hui au point de jonction, au point de rencontre de deux mondes : la science et la science-fiction. Ce qui était fantasmé hier devient réel aujourd'hui.

 

 

DHH :      Pour ma part j'y vois une notion d'outillage de l'humain. Aujourd'hui, dans notre quotidien via les logiciels que nous utilisons tous les jours nous sommes outillés et cette réalité fait de nous des hommes augmentés. Il faut toutefois apprendre à en perdre le contrôle pour rester maître de ses actions.

 

AK :          Manfred Clynes et Nathan S. Kline ont utilisé la notion de "cyborg" pour la première fois en 1960. Dans ce terme on retrouve la notion de dépassement d'une limite convenue par la nature en utilisant des moyens techniques ou chimiques. Les NBIC (*), l'usage de drogue, sont autant de moyens d'extirper l'homme de sa condition pour en faire un homme amélioré.

(*) Nanotechnologies, Biotechnologies, technologies de l’Information et sciences Cognitives.

 

L'humain peut aussi se transformer en interférant directement sur son écosystème. Mais l'homme augmenté n'est à mes yeux qu'un premier stade puisque certains sont déjà en quête d'une nouvelle notion : l'homme performant. On la retrouve dans le sport, dans le domaine militaire… Mais encore une fois, nous nous approchons de plus en plus de cette notion de transhumains (*), de post-humains voire de mutants.

 

(*) Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer la condition humaine notamment par l'augmentation des caractéristiques physiques et mentales des êtres humains.

 

OE :          Actuellement, des chercheurs chinois tentent de découvrir quels sont les gênes qui influencent l'intelligence afin de pouvoir "insérer" du hardware dans le cerveau humain.

 

AK :          Vernor Vinge, auteur de science-fiction américain, l'explique très bien. Aujourd'hui nous sommes confrontés à une véritable singularité dans l'augmentation exponentielle des NBIC sur l'humain. Le risque est évidemment que cela aille trop loin. On peut déjà entrevoir un monde où l'humain fusionne avec les machines. Et cette singularité là, aussi présente soit-elle, ne laisse pas entrevoir de limites très nettes, d'où le risque de dérapage… On peut aujourd'hui imaginer un monde affreux  où ne seraient importantes que les performances du QI des individus. A nous aujourd'hui de faire le bon choix entre la performance et la sagesse.

 

DHH :      Je pense que finalement on recherche du lien, on cherche à créer une intelligence collective. Il suffit de voir le système des moteurs de recherche par classement (ranked), on considère qu'un utilisateur a un vote et c'est un système algorithmique qui fait ensuite ressortir les évidences de nos recherches ou de nos envies.

 

AK :          C'est tout de même très dangereux. Où se trouve désormais la surprise ? Nous sommes en train de créer des systèmes de conformisme poussés à l'extrême. Quand on voit le nombre de calculs que génère une intelligence artificielle au jeu de Go on est en droit de penser que l'homme est déjà dépassé par la machine. Et pour aller plus loin qu'est-ce que l'intelligence désormais si l'IA est partout ? Quelle place va-t-elle laisser au collectif ?

 

DHH :      C'est une logique de course à l'information. Nous sommes devant un choix cornélien entre la connaissance et la sérénité. Il faut juste savoir prendre assez de recul face aux intelligences artificielles.

 

AK :          Déjà les chercheurs se penchent sur le degré de satisfaction qu'entraine l'utilisation de tel ou tel logiciel. On mesure ce degré grâce aux taux de sérotonine, d'ocytocine et de dopamine pour se faire un avis. C'est la chimie au service de la technologie mais c'est aussi très réducteur… Nous sommes entourés d'IA faibles qui nous tirent toujours vers la facilité mais rarement vers le meilleur. On est en train de perdre notre liberté !

 

DHH : Je ne suis pas convaincu qu'avoir plus de liberté, c'est mieux. Le trop plein de liberté comporte ses dérives propres. L'anarchie, par exemple.

 

OE :          La vraie question ne serait-elle pas philosophique plus que technologique ? Qu'est-ce que l'homme ? Qu'est-ce qui nous meut ? On recherche une forme d'immortalité par le biais de machines alors que notre monde est fini. On sait que les ressources ne sont pas inépuisables. Avant de penser à s'améliorer, ne serait-il pas plus judicieux de penser à se sauver nous-mêmes en sauvegardant notre planète ?

 

AK :          Il faut tuer la mort !

(ndlr. Expression certainement inspirée par une réplique de "Evil Dead III". Un film à voir absolument ! )

On cherche à vivre le plus longtemps possible mais sans viser le qualitatif !

 

OE :          Les transhumanistes voudraient mourir en bonne santé ! (rires) Des entreprises comme Amazon ou Apple s'en foutent totalement du transhumanisme. Elles cherchent à vendre. Mais pour l'exemple d'Apple, aucun département n'est dédié à la recherche. On crée du faux besoin, on vend et c'est tout ! C'est une vision à court terme.

Google fait des recherches mais au sein même de l'entreprise on s'aperçoit que les fondateurs cherchent à régler leurs problèmes personnels face à leur propre vision de l'avenir. Mais ! Parce qu'il y a un mais ! Les transhumanistes sont majoritairement américains et les pays occidentaux ne représentent que 10 % de la population mondiale. La recherche ne prend donc en compte qu'un tout petit échantillon de population. Là encore l'homme montre ses qualités de vision réductrice, c'est navrant, dommage et triste à la fois.

 

DHH : L'avenir de ces technologies est simple et c'est le marché qui aura raison de vie ou de mort sur leur longévité. Par exemple, j'ai besoin d'un cœur, je le choisi en acier ou en tissu biologique ? Tout dépendra de l'offre ! La première entreprise capable de recréer un cœur artificiel sera la reine du marché et imposera sa technologie ! C'est la loi du premier arrivé, premier servi.

 

AK :          Nous devons créer de nouveaux imaginaires. Il faut insuffler de nouveaux mythes dans notre société. C'est une façon de recréer une cohésion sociétale. Nous devons penser à nos efforts futurs dans une conscience sociale éveillée et solidaire sans refuser tout de go les nouvelles technologies mais en restant vigilant et technocritique. Par exemple, depuis l'apparition du GPS, beaucoup d'individus on perdu leur sens de l'orientation. A ne pas les utiliser on endort certaines de nos magnifiques fonctionnalités !

 

Pour aller plus loin :

 

• Vernor Vinge : "La captive", "Temps perdu"

• Philip K. Dick : "Le temps désarticulé"

• Manfred Clynes : "Sentics : Touch of emotions"

• Miguel Beansayag : "Cerveau augmenté, homme diminué"

• Piero Scaruffi : "A history of silicon valley", www.scaruffi.com

• Theodore Sturgeon : "Plus qu'humains"

• L'usine digitale events (jeudi 14 décembre 2017 - 1ère édition) "Expérimenter la réalité virtuelle pour mieux l'augmenter"

 

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