Mutation des métiers, effacement des frontières ?

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Les périmètres des métiers dans les différentes filières de la production audiovisuelle connaissent une évolution d’autant plus importante que la numérisation de la chaîne de production et l’évolution rapide des formes de médias bouleverse les pratiques professionnelles.

Ce que l’on nomme communément « audiovisuel », est l’ensemble des techniques de communication sonore, visuelle, ou alliant le son et l’image. 

Sous ces trois formes, l’audiovisuel développe des projets de fiction, de reportage, de documentaire, d’émissions de flux, de musique, de publicité, de jeux vidéo, d’évènementiel et de spectacle.  À cette diversité d’objets s’ajoute et se combine une multiplicité de supports et de contextes de diffusion : télévision, radio, Internet, scènes de spectacle, congrès, séminaires, réunions publiques, divers espaces publicitaires, magazines, téléphonie etc.  

Ces activités se subdivisent en trois grands domaines qui réunissent les activités  de production d’une part, les activités de diffusion d’autre part, enfin les activités de l’industrie technique. Les entreprises du secteur sont de tailles extrêmement variables, depuis les grandes structures de la production et de la diffusion télévisuelle, en passant par les TPE telles que l’on peut en rencontrer, notamment dans le domaine de la prestation de service.

Les cultures d’entreprise varient fortement, elles aussi. Par exemple, de par leur histoire, de très grandes entreprises de l’audiovisuel possèdent une forte culture du service public, dans un secteur d’activité où se développent des logiques économiques plus prégnantes. On notera en outre, en terme de recrutement, que contrairement à la plupart des grandes entreprises du secteur, les petites entreprises de l’audiovisuel privilégient souvent l’expérience et la formation en interne pour leurs embauches aux premiers niveaux d’accès aux métiers, notamment dans la filière technique. 

Quelques grandes filières

Tous ces éléments participent à dresser un tableau très composite du secteur, tant selon des considérations d’objet et de sens de l’activité, que de culture et de taille d’entreprise ou de pratiques professionnelles. Cependant, une catégorisation des métiers est assez largement partagée, permettant aux professionnels du secteur de se situer, selon le domaine dans lequel ils interviennent, à l’intérieur de quelques grandes filières communément identifiées  : 

- Les filières techniques généralistes.
- La filière image. 
- La filière son.
- La filière post-production.
- La filière conception, écriture et réalisation.
- La filière production/distribution.
- La filière diffusion/transmission.
- La filière multimédia.
- La filière programmes.
- La filière patrimoine. 

Dans les faits, les périmètres de métier varient assez fortement en fonction des tailles et des cultures d’entreprise que nous venons d’évoquer. 

Chacune de ces filières comporte un nombre très important de métiers existent. Attention cependant, car traduisant une fois encore la complexité du secteur, les appellations de métiers peuvent recouvrir des réalités d’emploi parfois très différentes. Aussi, proposons-nous ici quelques exemples de métiers de l’audiovisuel dont la liste n’est pas exhaustive mais reflète une certaine réalité des pratiques professionnelles des entreprises du secteur.

Filière technique généraliste

Technicien de maintenance en audiovisuel, technicien de maintenance en système informatique, roady, technicien d’exploitation, technicien polyvalent, magasinier, régisseur général, technicien supérieur audiovisuel.

Filière image

Technicien lumière, éclairagiste, régisseur, cadreur, caméraman, opérateur de prise de vues vidéo, chef opérateur de prises de vue vidéo, photographe, photographe polyvalent, ingénieur de la vision, directeur de la photographie…

Filière son
 
Assistant son, technicien son, opérateur de prise de son, régisseur son, technicien supérieur son, chef opérateur du son, sonorisateur, ingénieur du son, ingénieur système…

Filière post-production 

Ètalonneur, assistant monteur, monteur audiovisuel, son, chef monteur audiovisuel, son, truquiste, ingénieur système post-production…

Filière conception, écriture et réalisation

Scripte, scénariste, sound designer, journaliste reporter d’image, assistant réalisateur vidéo, son, technicien réalisateur son / vidéo, réalisateur vidéo / son, chef de projet communication audiovisuel ou multimédia, metteur en scène, designer graphique, concepteur 3D…

Filière production/distribution
Assistant de production, secrétaire de production, Chargé de production, Directeur de production, Promotion et développement, Producteur…

Filière diffusion/transmission

Technicien cabine de diffusion, mixeur son ou image, ingénieur système (diffusion sonore, antenne, réseau)…

Filière web et multimédia

Intégrateur multimédia, technicien réseau, infographiste, webdesigner, concepteur et administrateur web et multimédia, chef de projet multimédia, scénariste multimédia webTV/FOAD…

Filière programme 

Technicien décor, régisseur décor, comédien, animateur, animateur-technico-réalisateur radio, directeur d’antenne…

Filière patrimoine 

Documentaliste, recherchiste, phonothécaire, vidéothécaire, sonothécaire, photothécaire. iconographe, restaurateur d’archives audiovisuelles, conservateur patrimoine.
 

Production audiovisuelle « traditionnelle » : l’émergence d’outils « facilitants » impacte les pratiques professionnelles et la définition des métiers.

Les profils professionnels généralistes et pluri-compétents sont valorisés. En effet, même si des spécialisations de haute technicité émergent dans les nouvelles technologies numériques (haute définition, multicanal, 3D, multimédia ou réseaux, par exemple) ; et même si les aspects nouveaux de l’environnement numérique doivent être intégrés par les professionnels, la mise en œuvre des moyens techniques est en grande partie facilitée et  allégée, et le geste professionnel est rendu plus accessible. Les professionnels du secteur semblent s’accorder pour dire qu’en conséquence, la production audiovisuelle tend à contraindre ses coûts et à rechercher plus de réactivité, notamment en actualités, en utilisant ces nouveaux outils plus rapides à mettre en œuvre et en réduisant le nombre d’intervenants dans la chaîne. 
 
À titre d’illustration, observons ce qui se passe en prise de son de reportage : comme le suggère cet extrait d’une étude sur les métiers du son  « Aujourd’hui, le reporteur son n’intervient presque exclusivement qu’en documentaire ou reportage de fiction. […] Néanmoins, […] d’autres compétences techniques seront réclamées aux reporteurs son »,  on peut imaginer que la porosité grandissante entre les filières de l’audiovisuel ait des conséquences sur l’employabilité des professionnels du secteur. Premièrement, celle des techniciens, dont la valorisation des compétences sur le marché de l’emploi est rendue plus difficile, puisqu’une part de leurs missions est désormais dévolue à d’autres, et qu’en plus de cela, il leur faut développer des compétences nouvelles pour s’adapter à un environnement technique en forte évolution ainsi qu’aux spécialisations émergentes. Dans ce cas précis, le journaliste ou le réalisateur voit lui aussi son employabilité de plus en plus conditionnée par sa capacité à prendre en charge une part toujours plus importante des aspects techniques de la production.

Ainsi, même si la catégorisation traditionnelle des métiers perdure aujourd’hui, notamment de par la forte valeur ajoutée technico-artistique qu’ils requièrent, les conditions d’exercice sont en train de changer, dans une partie au moins de la production audiovisuelle, dont les besoins en recrutement semblent pencher vers des profils généralistes capables de maîtriser la plus grande part possible de la chaîne numérique : mise en œuvre et exploitation technique, écriture et diffusion en réseau. 


Nouveaux médias, média global : les possibilités nouvelles de l’ère numérique donnent naissance à une autre façon d’aborder les médias et la production audiovisuelle.

« Aujourd’hui, c’est sur Internet que les nouvelles offres et services associés à la radio sont les plus développés. Ils soutiennent à la fois une gamme de radios allant des programmes classiques aux programmes hyperthématiques, en passant par des stations personnalisables, linéaires ou non linéaires et des services associés pouvant soutenir une interactivité (avec l’antenne, entre les auditeurs, avec la publicité), une mobilité (via le podcast), du partage et de l’échange (de playlists, de musique) ou encore des achats de biens et services (musique, places de concerts, sonneries, etc.) » 

Cet extrait d’une étude de NPA Conseil sur les métiers de la radio, parue en mai 2008, rend compte de la multiplication des supports médias, notamment sur Internet, sur la TNT et sur la radio numérique terrestre (RNT), et des possibilités offertes par ce nouvel environnement technologique : une immense capacité de flux, une possible réduction des délais de diffusion des contenus (qui contraint  la production elle-même à plus de réactivité) et, pour le public, une possibilité d’accès interactif et une relation plus direct aux médias. Ce mouvement en direction de médias capables de diffuser « à la carte » et de combiner image, son ou texte est très fort. Il reste cependant hasardeux de proposer une définition du média global que nous attendons pour demain. 

Quoiqu’il en soit, ce type de média conduit immanquablement à l’émergence d’une autre logique de production que ne peut servir la logique traditionnelle de la production audiovisuelle. Il est donc difficilement envisageable que cette évolution des médias ne s’accompagne pas d’une évolution des modèles de production que nous connaissons aujourd’hui pour répondre à ces nouveaux impératifs : plus de réactivité et de flux pour alimenter les nouveaux espaces de diffusion disponibles, s’adapter à la relation nouvelle qui s’instaure entre les contenus diffusés (informations, fiction etc.) et leurs destinataires, pour tenir compte des contraintes budgétaires plus fortes dans ce contexte de production que dans la production traditionnelle. 

Les principaux profils de poste émergents dans les entreprises des nouveaux médias semblent donc être, d’une part, issus des métiers traditionnels de l’audiovisuel, mais tirés vers des compétences beaucoup plus généralistes, et, d’autre part, des profils de techniciens de haut niveau dans les domaines de l’informatique et des réseaux. Enfin, il ne faut pas oublier l’importance des professionnels de l’écriture audiovisuelle à qui l’on demande aujourd’hui d’adapter leurs travaux à ce nouveau type de média.


Quelle catégorisation des métiers à l’ère numérique ?

On ne peut, bien sûr, rien affirmer pour l’avenir, mais on peut observer aujourd’hui, comme cela a été le cas entre le cinéma et la télévision, que la production audiovisuelle traditionnelle et la production multimédia restent structurées autour d’organisations du travail assez similaires, chacune adaptant cette catégorisation à ses propres besoins et à ses propres moyens. 

On note pourtant l’émergence d’une filière Web et multimédia réunissant l’ensemble des métiers issus de l’ère numérique et dont la compétence multimédia, bien que souvent appliquée aux métiers traditionnels de l’audiovisuel, est mise en avant dans la définition du métier à l’instar, par exemple, de l’infographiste, du réalisateur multimédia ou du scénariste multimédia WebTV/FOAD. Des spécialisations de métiers, souvent de haute technicité, ont en effet émergé dans toutes les filières de l’audiovisuel pour répondre au contexte de production et de diffusion numérique ainsi qu’aux grandes évolutions technologiques.

Au-delà de ces niches particulières d’emplois, on note que les frontières entre les filières de la production audiovisuelle sont de plus en plus poreuses. La facilitation relative en matière de mise en œuvre technique, induite par l’émergence des nouveaux équipements de la chaîne numérique, impose donc à la fois que les professionnels du secteur s’adaptent à la mobilité accrue entre les différentes filières de l’audiovisuel, et qu’ils portent en contrepoids une attention particulière à la valeur artistique, à la qualité éditoriale et au savoir-faire de leurs métiers ; surtout à l’heure où chacun, amateurs éclairés ou non, peut devenir ponctuellement ou de façon récurrente, un producteur de contenus dont il pourra parfois même valoriser la diffusion.

La formation est donc, dans ce contexte d’évolution très rapide des métiers du secteur, un enjeu essentiel pour le maintien et l’accroissement de l’employabilité des professionnels de l’audiovisuel. Elle doit pouvoir les accompagner dans leurs projets de mobilité, volontaire ou consentie, entre filières, et/ou leur permettre de consolider leurs compétences artistiques et techniques dans leur filière d’origine.

 

 

SOURCE : www.ina-expert.com

Par Vincent Faure, responsable Certification professionnelle et Qualité, attaché au service Marketing, Développement et communication, Ina SUP

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