Ne pas créer des impasses mais des passerelles !

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La  Cpnef/ Av a confié son Observatoire prospectif des qualifications et des métiers de l'audiovisuel à l’Afdas ( Fonds d’assurance formation des secteurs de la culture, de la communication et des loisirs). Son objectif : par la création de l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications, la branche Audiovisuel veut se doter d’une structure permanente, disposant des compétences et des moyens nécessaires pour assurer une fonction de veille sociale. Les évolutions démographiques et technologiques, l’évolution fine de l’emploi d’une année sur l’autre y sont observées, analysées et nourrissent des documents ou des études susceptibles d’éclairer la réflexion des partenaires sociaux de la branche sur les orientations à donner prioritairement à la formation professionnelle.

Avez-vous, aujourd’hui, une vue globale de l’évolution des métiers  de l’audiovisuel ?

Claude Michel : L’impact du numérique sur les métiers, nous le traitons au travers de la Cpnef / av de différentes manières. Plusieurs études sont en cours et nous n’avons pas, à ce jour, de réponses claires sur l’ensemble des métiers impactés, même si les métiers les plus touchés, négativement ou positivement, par les techniques numériques peuvent être identifiés. Nous analysons avec attention les transformations à l’œuvre dans ces domaines.
Ainsi, nous avons mis en place un Edec (Engagement de développement des emplois et des compétences), au départ, à la demande des industries techniques. Se sont ensuite associées à cette démarche, la Région Île-de-France, l’Afdas (Assurance formation des activités du spectacle) et la Cpnef, et nous avons abouti à une signature commune pour mener à bien un travail prospectif de longue haleine, afin d’analyser les effets du numérique sur les métiers, cofinancé par ces trois organismes. Cette opération, qui a un caractère public, donnera lieu à des plans d’action.

Nous restons vigilants afin que la technologie ne soit pas instrumentalisée. Nous ne voulons pas que la technique serve d’alibi ou soit utilisée pour avaliser un discours convenu, fataliste, arguant que, puisque le monde change, il faut restructurer plus rapidement, modifier les domaines des qualifications et des compétences. Lorsqu’on s’inscrit dans  cette logique, les transformations se font toujours au rabais.

Existe-t-il un secteur pour lequel vous décelez une urgence ?

C.M.: Les métiers des laboratoires, dans les domaines de la production cinématographique et audiovisuelle, sont durement touchés : je pense particulièrement à tous ceux qui travaillent  sur l’argentique, qui assurent le développement des films, etc. Il existe, indéniablement, une régression de l’argentique et une montée en puissance du numérique. Il s’est imposé de la production à la post-production, que ce soit dans le cinéma ou en télévision. Les métiers des laboratoires sont, aujourd’hui, ceux qui sont les plus fragilisés. À l’autre bout de la chaîne, en ce qui concerne l’exploitation cinématographique, les salles s’équipent progressivement en numérique pour projeter les films. Par conséquent, les métiers de la projection sont eux aussi particulièrement impactés.  Il est impératif de prendre en compte ce mouvement pour dégager des perspectives d’avenir. Il est évident que  les salariés qui travaillent chez Eclair, GTC, LTC, si l’on prend ces trois laboratoires, n’exerceront bientôt plus leurs métiers tel qu’ils l’exercent aujourd’hui. D’où la mise en place, pour le secteur,  de cet engagement de développement des emplois et des compétences, qui doit aboutir à proposer des formations qualifiantes.
Certaines personnes exercent leurs métiers depuis longtemps avec un niveau de formation relativement faible.  En outre, ils ont peu eu accès à des formations continues  au cours de ces dernières années. Pour eux, il est difficile de se projeter dans les métiers de demain. Nous souhaitons qu’ils puissent se requalifier. La tendance qui peut exister du côté des industries techniques, c’est de faire sortir ces personnes de ces métiers et de les amener vers d’autres métiers, y compris hors du champ des métiers audiovisuels. 

Ce sont des actions préventives ?

C.M. : Au niveau de la Cpnef,  nous pensons qu’il est impératif de prévoir. On sait bien , quand il y a des mutations technologiques, que si on ne les pense pas, si on ne les anticipe pas, on va vers des plans sociaux, dans un contexte, où depuis plus de trente ans, un nombre grandissant d’entreprises ont décidé de faire partir les salariés les plus âgés avant 60 ans. Cela a commencé avec la sidérurgie en 1979… Nous avons donc décidé d’anticiper, de nous donner le temps afin de ne pas instrumentaliser la formation. Car ce risque est toujours d’actualité.  La formation ne doit pas être au service des restructurations d’entreprises mais au service des qualifications et des métiers. Prenons donc le temps, faisons les études nécessaires afin d’avoir des analyses opérantes, ayons des axes de formations utiles pour les salariés. Il faut, il est vrai, pouvoir être réactifs, tenir compte de l’accélération induite par l’arrivée de nouvelles techniques et des nouveaux outils, mais sans céder à tout, au nom de la vitesse. Il faut assurer les transitions nécessaires dans de bonnes conditions, en accompagnant la transformation de ces métiers. La formation ne peut être un « pis aller », un « bouche-trou ». Elle ne doit pas être perçue comme un «moindre mal» par rapport au chômage. Donc, elle ne doit pas être une formation alibi mais une vraie formation. De ce point de vue, l’actualité nous rattrape puisque nous venons d’apprendre que la société Eclair a déclenché, début septembre 2009, une procédure de sauvegarde et la menace sur l’emploi s’accélère. On le voit, la formation ne peut empêcher les dégâts liés aux restructurations et aux concentrations qui s’accompagnent  de suppressions d’emplois.

Quel est le rôle déterminant, pour vous, de la formation ? 

C.M. : La formation permet de rentrer dans la vie professionnelle mais aussi de passer d’un niveau de qualification à un autre. Le niveau requis dans l’audiovisuel est, en moyenne, un niveau BTS, ce qui est le cas, entre autre, dans le domaine du montage et du son. Nous disposons en la matière d’excellentes formations qualifiantes. Celles de L’Institut national de l’audiovisuel sont très reconnues. Je suis également, en cette année 2009, vice-président de l’Afasam (Association pour la formation en alternance dans les secteurs du spectacle vivant, de l’audiovisuel et du multimédia), dont l’Ina est membre du Conseil d’administration. Ensemble, nous réfléchissons sur l’apprentissage et la professionnalisation. Il est nécessaire de favoriser l’apprentissage. Il faut développer cette culture de l’apprentissage dans notre champ, en matière de formation initiale et de formation continue. Nous devons faire comprendre que l’apprentissage peut se faire à tous les niveaux : du CAP au master professionnel. 

Les entreprises sont-elles ouvertes à la mise en place de l’apprentissage ?

C.M. : Une étude est en cours, dans le cadre de la Cpnef. Elle cherche à déterminer pourquoi ce type de formations n’a pu se développer davantage. Et ce n’est pas parce que les contrats de professionnalisation1 seraient trop favorables aux salariés en termes de tutorat, de salaires, que les entreprises n’y ont pas recours, comme on l’entend parfois ! En vérité, si les entreprises n’y ont pas recours, c’est que dans notre champ, certaines entreprises n’ont pas une activité continue. Or, pour les petites et moyennes entreprises, qui sont nombreuses, c’est un engagement qu’il leur faut prendre dans la durée. Si l’on parvenait à avoir des groupements d’employeurs, on serait dans une meilleure situation pour assurer l’apprentissage. Les apprentis pourraient être accueillis par  deux ou trois entreprises. Nous sommes également dans un milieu, et dans un contexte, où il est devenu courant de prendre un stagiaire pour « boucher un trou ». Donc, à quoi bon former et suivre un apprenti ? Tous ces facteurs se cumulent pour marginaliser l’apprentissage. Dans une époque doublement caractérisée par une mutation technologique et une grave crise de l’emploi, il existe des personnes vulnérables sur le marché du travail. D’ou la nécessité de contrats de professionnalisation et la reconnaissance des formations. D’où la nécessité, aussi, d’une formation tout au long de la vie.

Quelles seraient, selon vous, les principales perspectives ?

C.M. : L’effort de formation doit se généraliser. Des dizaines de milliers de jeunes sortent du système scolaire sans formation, ce qui constitue un véritable drame. Il est très important de prendre particulièrement en compte ceux qui ont des qualifications insuffisantes ou peu reconnues. À la fois pour faire face aux mutations technologiques et pour ne pas figer les carrières. Il faut donc que notre système de formation puisse donner une deuxième, voire une troisième chance au plus grand nombre possible de salariés. Il ne  faut pas créer des impasses mais des passerelles !

(1) Le contrat de professionnalisation s’adresse à tous les jeunes âgés de 16 à 25 ans révolus et aux demandeurs d’emploi âgés de 26 ans et plus. Son objectif est de leur permettre d’acquérir une qualification professionnelle et de favoriser leur insertion ou réinsertion professionnelle. 

Propos recueillis par Philippe Raynaud
(date de mise en ligne : 10/11/2009)

 

Source : ici

 

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